Le collège change de nom, l'extrémiste flamand menace
ÉDUCATION - C'était un collège, dans les quartiers populaires de Dunkerque. Un collège vétuste, rempli d’amiante et promis à la démolition. Il s’appelait Michel-de-Swaen, du nom d’un dramaturge flamand du XVIIe siècle, traducteur du Cid en néerlandais. On en a construit un autre, juste à côté, qui sent la peinture, le plastique frais, et le parquet flottant, avec un auditorium pour les classes d’orchestre. Il s’appellera «Lucie-Aubrac». C’est ce qui a valu à Etienne Galand, le principal, des lettres d’injure et des menaces de mort.
Et à un architecte dunkerquois à la retraite, Wido Triquet, membre du «Mouvement flamand», d’être placé en garde à vue lundi dernier, et présenté au substitut du procureur. Convoqué au tribunal correctionnel le 10 juillet, pour outrage sur personne chargée d’une mission de service public, menaces et actes d’intimidation, l’homme risque - «en théorie», insiste le magistrat, Florent Crouhy - dix ans de prison, et une forte amende.
Crâne glabre, moustaches en guidon de vélo, un air IIIe République, Etienne Galand, le principal du collège, n’aime pas l’extrême droite. Quand on a construit le nouveau bâtiment, il s’est dit qu’il fallait un nouveau nom au collège pour tourner la page. Il avait trouvé Michel de Swaen un peu trop «confisqué par les mouvements d’extrême-droite flamands». Il avait pensé alors au compositeur Robert Casadesus, pour faire écho à la classe d’orchestre. C’est le nom Lucie Aubrac qui a été retenu par le conseil d’administration, à l’unanimité moins une voix début décembre.
«Ecoles de merde». Dans le quartier, l’élu local mégrétiste en campagne pour les municipales réagit par des tracts indignés. Le standard du collège est bloqué «toute une journée par des frontistes et extrémistes de toute la France qui s’étaient donné le mot», raconte le principal.
Quelques jours plus tard, le «Mouvement flamand», dont le parquet de Dunkerque indique qu’il ne compte «qu’un seul membre», sort un communiqué fleuri, signé Wido Triquet : «Nous allons faire pression à coups de pied dans la gueule de ce fainéant d’enseignant qu’est M. Galand […]. Nous ne supportons plus de voir nos jeunes croupir dans ces écoles de merde dont ils sortent contestataires, fainéants, incultes, le cerveau matraqué de propagande gaucho-socialisto-marxiste.»
Et de signifier au principal, en tant que «Flamands, propriétaires historiques du sol flamand» de «dégager de Flandre au plus vite». Quelques lignes plus haut, il s’en était pris à Lucie Aubrac, «juive polonaise, membre du politburo du Parti communiste soviétique» et «déléguée par Staline pour organiser la soviétisation de la France par le terrorisme syndical».
Le principal porte plainte et Wido Triquet est condamné à un «stage de citoyenneté» de deux jours, qu’il n’a pas fait. Le 10 mai, il envoie une longue lettre aux avocats du principal, avec copie à Xavier Darcos «pour information et complément de dossier» : «Mes amis flamands me reprochent d’être trop modéré. Pour eux, il faut tuer Galand pour faire un exemple du genre Préfet Erignac, grâce auquel Paris parle désormais de la Corse avec respect. Plusieurs préconisent une balle dans la tête. Je ne suis pas d’accord, car outre le prix des munitions, les armes à feu sont responsables du réchauffement de la planète.» Il ajoute : «Mais puisque c’est leur choix, qu’ils en prennent la responsabilité.» Et il donne l’adresse du principal.
Lait dans les égouts. Une pétition de soutien recueille quelque 700 signatures. Nouveaux coups de fil de toute la France, cette fois de collègues atterrés. Etienne Galand n’a pas voulu de protection mais reconnaît l’inquiétude de ses proches.«Révoltant, dit Nathalie Oblin, prof de français. Des élèves de 6e sont venus me voir, inquiets. Cette histoire leur fait peur. On est désarmé.» Et Wido Triquet ? Sans regrets. A la question d’un journaliste de France 3 qui lui demande si changer le nom d’un collège mérite la mort, il répond : «Ah, si, quand même, il est en train de casser la culture d’un peuple.» Au bout du fil, il tempère à peine : «Je ne regrette pas cette lettre, elle me permet de vous parler aujourd’hui. S’il y avait une concertation démocratique, on n’en serait pas là. En France, il faut verser du lait dans les égouts ou brûler des voitures pour être entendu, je regrette la méthode mais je n’ai pas eu le choix.»
La langue régionale flamande, proche du néerlandais, limitée à un triangle entre Dunkerque, Bailleul et Saint-Omer, est moins vivante que le breton, le basque ou l’alsacien. Elle connaît un lent renouveau. Depuis la rentrée 2007, elle est enseignée dans trois écoles primaires près de Dunkerque, à Wormhout, Noordpeene, Volckerinckhove.
Haydée Sabéran


<< Elle connaît un lent renouveau >>
Ou un relent nouveau ?
Rédigé par : Paulo | 07/07/2008 à 10:35
Décidément, de part et d'autre de la frontière, la Flandre se distingue par des relents nauséabonds.
Rédigé par : FB | 07/07/2008 à 12:49
eh beh, voilà qui va encore redorer le blason de nos malheureux, persécutés, martyrisés voisins flamands.
Merci à ce monsieur Triquet qui nous fait bien rire, malgré lui, avec sa bêtise si spectaculaire.
Rédigé par : Wam | 07/07/2008 à 12:52
Si l'Etat avait permis à ces langues de vivre, leurs locuteurs ne seraient pas otages des extrémistes.
Rédigé par : Robert | 07/07/2008 à 13:06
Wido Triquet, il fait de la provocation comme Sarko, ils savent faire que ça. Mais que fait la justice française là dedans ? au lieu d'essayer de rapatrier des étrangers qui font gagner de l'argent au pays. Encore un bien étroit d'esprit qui n'a pas compris une seule chose à la vie en communauté et à la démocratie. Le monde va de plus en plus mal...
Rédigé par : Yoshitoki | 07/07/2008 à 13:22
La langue régionale flamande, proche du néerlandais, limitée à un triangle entre Dunkerque, Bailleul et Saint-Omer, est moins vivante que le breton, le basque ou l’alsacien. Elle connaît un lent renouveau. Depuis la rentrée 2007
Ce n'est pas en débaptisant un lycée de son nom flamand que celà encouragera le renouveau de cette langue, il y a en effet beaucoup de mépris dans l'attitude de ce principal; et les édiles, ils n'ont pas leur mot à dire ? aprés on est mal placé pour critiquer les Flamands côté Belge!
Rédigé par : tovaritch | 07/07/2008 à 13:26
La situation belge actuelle doit probablement exciter les quelques flamingants extrêmistes made in France... ce cas révolte, certes, mais disons-nous qu'en Belgique flamande, le parti Vlaams Belang, tenant une rhétorique semblable à celle de ce Wido Triquet, récolte environ 20 % des suffrages... et il semblerait que cette gangrène ultranationaliste et xénophobe gagne les partis "démocratiques" :
Encore hier, un ministre fédéral flamand issu d'un parti démocratique (VLD) déclarait, dans le cadre des bisbilles communautaires actuelles en Belgique : " de toute manière, les francophones devront se faire à l'idée que seule la Loi du plus grand nombre l'emporte " (officiellement, les flamands sont plus nombreux que les wallons en Belgique) :
Est-ce réellement l'image que la (les) Flandre(s) veulent donner de leur culture, de leur richesse, de leur différence ?
Et quid de ces pratiques détestables nouvellement installées dans la périphérie de Bruxelles : délation officielle des commerçants osant parler français auprès d'un organisme mis en place par les pouvoirs locaux, interdiction d'accès aux parcs d'enfants aux petits francophones dans certaines communes flamandes, tracasseries administratives en tous genres, refus de confirmer la nomination de trois bourgmestres francophones pourtant élus démocratiquement dans leurs communes situées en "territoire" flamand ?
Le trop grand silence d'une majorité de flamands a de quoi inquiéter...
Rédigé par : Bigtom | 07/07/2008 à 13:59
Cette histoire est navrante...comme l'est le nationalisme flamand !!!!
Je suis Belge francophone (je ne dis pas wallon, pour moi être wallon n'a pas de sens, comme être flamand) et je vis en France, tout en continuant de travailler en Belgique. Je vais finir par me considérer comme étant un "réfugié" en France, à l'abri de la folie de ces extrémistes.
Histoire navrante donc, mais intéressant que cet expemple pitoyable ne concerne pas le citoyen Belge francophone mais un Francais... car elle illustre parfaitement ce qui se passe actuellement en Belgique et pourrait peut-être stimuler certains responsables politiques Européens à prendre des mesures réelles contre ces agités...
Rédigé par : quado | 07/07/2008 à 14:02
Avant de denoncer "les Flamands" du nord du france, ils faut pas oublier que ce terme alors actuelle signifie plutot 6 millions des voisins belges.
Rédigé par : JP | 07/07/2008 à 14:11
C'est gräce à des gens comme Lucie Aubrac que l'on est en France dans un pays de relative liberté. Des gens se sont battus pendant la dernière guerre dans la résistance. J'ai moi-même eu la chance de rencontrer Lucie Aubrac lors d'une conférence à Marseille. Et je ne comprends pas qu'on puisse être contre elle.
Rédigé par : thepot | 07/07/2008 à 14:15
Le principal ne fait qu'une proposition; c'est le conseil général, responsable des collèges qui décide. Cependant on peut noter qu'une circulaire trop souvent négligée conseille un nom suffisamment célèbre et en liaison avec la ville ou la région où se trouve le collège. Lucie Aubrac n'est peut-être pas le meilleur des noms possibles.
JD
Rédigé par : shak 39 | 07/07/2008 à 14:17
la démocratie est de mise chez nous et le changement de nom s'est fait démocratiquement! la flandre n'a aucune légitimité en france, pas pls que la bretagne,ma corse ou le pays basque ! je respecte les cultures de ces régions mais au sein de la nation et avec les règles de la république. ce type appelle au lynchage du principal du collège, il ne mérite que les foudres de la justice.
Rédigé par : fab | 07/07/2008 à 15:50
Incident très anecdotique : pas plus qu'une cheminée ne démontre l'existence du père Noel, celle d'un fou délirant ne prouve celle d'un prétendu mouvement flamand. Les néerlandophones en france se comptent sur les doigts d'une main, quant à leur organisation au sein d'un mouvement...
Rédigé par : dusaule | 07/07/2008 à 17:33
Pauvres extrémistes qui ne comprennent pas que Lucie Aubrac était une résistante à l'opression nazie puis une adversaire de toutes les oppressions, une Femme valeureuse qui a consacré sa vie à défendre le vivre ensemble.
La Flandre est une belle région qui possède un patrimoine de valeur universelle sur le plan historique et artistique.
Ce ne sont pas quelques extrémistes, quelques agités du bocal qui nous priveront de cette culture.Leurs intentions discriminatoires seront combattues par tous ceux qui prétendent à des échanges démocratiques et culturels, à commencer par les Citoyens de culture flamande qui respectent leur héritage et entendent le partager y compris en venant en France pour visiter nos musées où se trouvent aussi des oeuvres produites par leurs ancêtres.
Nous ne laisserons pas ces extrémistes nous priver de ce qui fait la richesse de nos échanges culturels.
Qu'on se le dise !
Rédigé par : VIAN-LIERDE GUY | 09/07/2008 à 10:04
Ancien architecte, elu megretiste, mais certainement pas flamand : les flamands ne sont pas des gens racistes et ignorants, les quelques uns qui parlent fort et dans ce sens cachent le reste de la population qui est beucoup plus ouvertes. De plus des villes comme Anvers etaient pendant la seconde guerre mondiale peuplees de resistants aux nazismes. Alors s'il vous plait Mr Wido Triquet fermait votre bouche et ne parlait plus jamais aux noms des flamands, vous ne les representez pas au contraire vous en etes l'exacte opposé. Vous nous faites honte !!!!
Rédigé par : noeuil | 09/07/2008 à 10:25