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  • INCARCÉRÉS - On tourne en rond, c'est le titre du livre que Danièle Mercier, de l'association Repousser les murs, a écrit avec des détenus, au gré des groupes de parole qu'elle anime en prison. Un livre-objet en carton gris, qui ressemble à une prison, avec son œilleton qui surveille, pour regarder ceux qui sont dedans. A lire, ici
  • OUALOU - Le clip de On lâche rien, le dernier titre des roubaisiens HK et les Saltimbanks, a été tourné sur une scène-camion, au milieu de la manif sur les retraites, le 6 novembre à Paris. Ça fait des souvenirs, à regarder et écouter, ici
  • INSPIRÉE - Ce n'est pas de l'accordéon, c'est du Laure Chailloux. Sa musique vous attrape par le ventre et ne vous lâche plus. Pour en savoir plus, c'est ici. Pour l'écouter, et voir le détail de ses dates, c'est là

29/04/2011

Les journées ordinaires de la Gestapo lilloise

Un des chauffeurs de la Gestapo HISTOIRE - C'est un petit livre tout noir. Visitez Lille avec lui, et vous ne reconnaîtrez plus rien. La spécialité de l'auteur, historien amateur, et guide à l'office du tourisme, c'est Lille sous l'Occupation.

Le livre de Grégory Célerse s'appelle La traque des résistants nordistes, 1940-1944, et son sujet, c'est la Gestapo.

«Venez, je veux vous montrer quelque chose». On suit Grégory Célerse, rue des ponts de Comines, près de la gare, vers la petite place des Reignaux qui mène vers les rues du Vieux-Lille. Il raconte. Un jeune résistant communiste avait décidé de tuer un soldat allemand, au hasard, le 2 avril 42. Il passait et repassait en vélo, dans la rue remplie de bars. Au coin, sortant du bar Le pinocchio, à 22h30, un jeune officier de la Luftwaffe est passé, en uniforme. Le jeune communiste Floris Lehembre a tiré sur Wilhelm Hartmann, a enfourché son vélo, et il a disparu.

La police allemande a cru à un règlement de compte crapuleux dans le milieu du proxénétisme, car l'officier avait une maîtresse prostituée. On a fait exécuter dix otages, dont quatre proxénètes. On a fini par trouver la trace du jeune homme, donné par un résistant qui a craqué sous la torture. Il a péri en déportation, après avoir parlé. C'est ainsi que la résistante Yvonne Abbas, toujours vivante, a été déportée avec son époux Florent Debels. Au sol, le cadavre de l'Allemand, «était là, à vos pieds», dit Grégory Célerse, la moitié du corps sur le trottoir, l'autre moitié sur la rue. «Et là, juste derrière vous, un impact de balle». On se retourne, voilà un trou rond dans la pierre.

Grégory Célerse peut raconter toute la ville comme ça. La chambre de commerce ? La kommandantur, l'autorité militaire allemande. La propagandastaffel, les services de propagande ? Boulevard de la Liberté, dans les actuels locaux de France 3 Lille. Le café en face de l'Opéra étaient un repaire d'indics de la Gestapo. Les cafés de la Grand'Place, pareil. Le lieu de sortie à la mode, l'hôtel Bellevue, qui ferma, pour «chants anti-allemands» entonnés en choeur. On se croirait dans Casablanca avec Bogart.

La Gestapo, la « police secrète d'Etat », elle, était à La Madeleine, rue du jardin Botanique. Elle avait saisi un immeuble, presque vidé de ces habitants par l'exode de mai 40, obligé un couple d'ouvriers à s'y installer comme concierges, et s'était accaparé les lieux. Lille et la région étaient rattachés à la Belgique, sous le contrôle direct du commandement militaire allemand de Bruxelles.

Guerre des polices, caisse noire pour payer les sorties avec l'argent saisi lors des perquisitions, fiche signalétique de chaque gestapiste, allemand ou indic français, portrait de l' «efficace» et «violent» Kurt Kohl, un des officiers les plus redoutés à Lille, Grégory Célerse raconte. Il dit comment la Gestapo a retourné un ancien militant communiste, Walter le boxeur, en le menaçant d'être arrêté comme otage.

Les petits trafiquants au marché noir se faisaient piéger : «Tu travailles pour moi, ou je te fais arrêter». On collaborait aussi par sympathies nazies, -l'antiquaire lillois, Léoncy G. -ou pour l'argent. Exemple, deux infirmières lilloises très efficaces, Germaine D. et Marie-Reine C. Elles se font aimer des blessés et des malades, et des familles de détenus, les aident, et leur soutirent des informations. D'abord sur l'état de l'opinion publique, puis sur des pilotes alliés cachés. Même un dénonceur de juifs qui parle yiddish, parce qu'il l'a appris avec eux sur les marchés de la région.

Célerse ne donne pas les noms des indics, sauf celui de Marcel Denèque déjà soupçonné d'avoir donné le jeune Léon Trullin aux allemands en 1915. Pour les autres, le prénom et l'initiale du nom de famille, histoire de ne pas froisser leurs descendants. Mais on a droit à leurs souriantes photos.

Les gestapistes, eux, on sait ce qu'ils font de leurs journées, où ils mangent le midi, où ils sortent le soir, avec qui ils passent leurs nuits, et qui ils ont traqué.

Haydée Sabéran

La traque des résistants nordistes Grégory Célerse Ed. Les lumières de Lille. 20 euros. Illustrations de Lila Aïtzegagh

Photo : Erwin Friebe, un des chauffeurs de la Gestapo (DR)

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