Entre Calais et Dunkerque, risque d'être sous les eaux
TERRE - La montée de la mer de 30 cm en
un siècle, ils verront cela plus tard. Pour l'instant, ce qui
intéresse les agriculteurs du Calaisis, c'est la lutte contre
les crues. Ce matin, ils étaient une centaine à
squatter le centre de Calais avec leurs tracteurs, pour se rappeler
au bon souvenir du préfet, des sous-préfets, des
fonctionnaires, des élus locaux, tous réunis pour
discuter des conséquences du réchauffement climatique
sur le littoral du Nord-Pas-de-Calais. « En 2001, c'était
une vingtaine d'hectares noyés, cette année, 1 800 ! »,
s'exclame un manifestant.
La faute à quoi ? D'abord à l'urbanisation des terres. Béton + macadam, imperméabilisation assurée, l'eau doit bien aller s'écouler ailleurs. Alors, les wateringues saturent. « Regardez la zone de la Turquerie, il y a 350 hectares urbanisés sur 3 500, et on a 20 cm de flotte dans les champs. Si tout est bétonné, vous voyez ce que ce sera, ce sera l'enfer ». Un centre logistique et de transports est prévu, en fait un gigantesque parking avec entrepôts pour les camions sortant du Tunnel sous la Manche. Xavier Foissey, agriculteur et vice-président de la 3e section des wateringues, vide son sac face au sous-préfet de Calais, Gérard Gavory. Celui-ci a improvisé une réunion avec une délégation d'agriculteurs en colère, dans la cafèt' de la Cité de la Dentelle. Il écoute la colère, patient, en prenant des notes.
Diaporamas. A l'étage, dans l'auditorium, le colloque se poursuit, aligne ses diaporamas sur les conséquences du réchauffement climatique. Car, outre la bétonisation du littoral, la probable montée de la mer menace aussi le polder, villes de Calais et de Dunkerque comprises. Le GIEC prévoit une montée globale du niveau des mers du globe de 30 cm à la fin du siècle, avec un scénario d'une augmentation de 3 mm par an. Il n'existe pas (encore) de projection sur le pas de Calais. Mais déjà, aujourd'hui, « l'élévation du niveau moyen marin constaté entre 1940 et 2007 est de + 1,7 mm par an à Dunkerque et + 3,9 mm à Boulogne », précise la direction régionale de l'environnement. Voilà qui risque d'aggraver les crues : comment rejeter l'eau des wateringues dans une mer déjà haute ? 30 cm de plus, cela voudrait dire « augmenter le pompage de 180% », signale un intervenant. Et un autre affirme : « Nos amis belges partent eux sur une hypothèse d'une montée de 50 cm pour 2050. »
« Faut être mort pour avoir une piqûre ». En bas, les agriculteurs demandent des solutions tout de suite. « En novembre, deux agriculteurs ont eu 200 à 250 hectares inondés, qui étaient implantés en blé. Ils ne peuvent pas récupérer le moindre centime d'aucune administration par rapport aux dégâts ! C'est plus supportable. » Le sous-préfet : « Vous ne touchez vraiment rien ? » « Une maison avec de l'eau dedans, il y a les assurances qui marchent, pour un champ inondé, y a rien ». Un autre enchérit : « Faut être mort pour avoir une piqûre. » Le sous-préfet : « Donc, vous voulez être indemnisés ? » « Ben oui, le temps que les projets se fassent. », répond benoîtement un de la délégation. Car pour les agriculteurs, l'affaire est entendue : les wateringues vont bien, là où ça coince, ce serait les canaux où ils se déversent, propriété des Voies navigables. Et aussi au niveau des exutoires, les arrivées à la mer.
Bassins de rétention. Précision : les wateringues sont entretenus par les propriétaires des terrains qu'ils assèchent. Ils sont rassemblés en sections, et cotisent entre 14 et 29 euros par an et par hectare. Autant dire que ce sont les agriculteurs qui mettent la main au portefeuille pour sauver leurs terres des marécages. Et là aussi, ils en ont marre. Gérard Gavory le reconnaît, le mode de financement doit changer. L'Etat a évalué le coût des travaux pour rétablir l'efficacité des wateringues : entre 6 à 9 millions d'euros par an. Il voudrait mettre en place « une taxe avec une assiette plus large ». Les agriculteurs, eux, veulent des résultats immédiats, pour 2010. Le préfet s'indigne, en douceur, quand ils accusent les administrations d'inertie. « Un plan d'action est mis en oeuvre, cela va se faire ». En particulier la construction de bassins de rétention en amont.
Dans l'auditorium, les services de l'Etat déroulent leur programme face au risque de submersion des côtes. 2009 – 2010, c'est le temps des études. Relevés topographiques, historique des tempêtes et des crues, inspection des digues et des dunes pour évaluer les travaux nécessaires. Projections climatiques. C'est sûr, pas de quoi se réjouir. Dans le hall, les agriculteurs dans leurs vestes chaudes se préparent au départ, prévoient une visite du préfet sur le terrain (il acquiesce), et s'en vont remballer leurs tracteurs. Jusqu'à la prochaine inondation.
Stéphanie Maurice
Photo Pascal Rossignol (Reuters) : Crue à Polincove, près de Calais, le 27 novembre 2009


c'est la loi du silence, on sait mais on se tait !
Qui aura le courage d'en parler ?
Rédigé par : Libre Max | 29/01/2010 à 17:21
Ah mais on en apprend des choses sur Libé. Je ne connaissait pas du tout ce polder : 800 km carrés, c'est énorme.
Rédigé par : Kamyar | 29/01/2010 à 22:28
pour obtenir plus d'informations, je vous suggere d'aller visiter le site de l'institution interdépartementale des wateringues expliquant parfaitement les caractéristiques du territoire:
http://www.institution-wateringues.fr/
Rédigé par : Céd | 05/02/2010 à 15:40