«Le surveillant de prison, le premier qui trinque»
PRISON - Ce matin, 7h, ils étaient 130 surveillants de prison à bloquer l'entrée de la prison de Sequedin, près de Lille. Et ce n'est qu'un début : les points forts de la mobilisation devraient se tenir mercredi et jeudi, avec, espère Luc Rody, secrétaire régional de la CGT-Pénitentiaire. Il explique les raisons du mouvement : une surpopulation croissante, et en face, des fonctionnaires pas assez nombreux.
Pourquoi cette mobilisation des surveillants de prison ?
Les prisons sont surpeuplées. Regardez leur nouvelle prison de Lyon, qu'ils viennent d'inaugurer : elle est normalement de 660 places, mais elle contient déjà 1 000 lits. L'administration est déjà en train d'anticiper la surcharge à venir. Sur la direction régionale de Lille [qui va jusqu'à Rouen, NDLR], sur 22 établissements, nous estimons qu'il manque 1 000 surveillants. Nous voudrions travailler décemment, avoir des repos quelques week-ends. Normalement, nous avons un week-end toutes les cinq à six semaines, mais il suffit qu'un collègue soit malade pour qu'on nous demande des reports. On peut passer 9 à 10 semaines sans week-ends : pour la vie de famille, ce n'est pas facile.
De plus, la population carcérale a changé : maintenant, les jeunes ont du mal à respecter l'uniforme. Vous avez vu la publicité pour devenir surveillant de prison, elle dit que c'est un métier ouvert à tout le monde. C'est faux. La pub, elle est belle, elle est belle, mais la réalité sur le terrain est très dure.
Quelle est la réalité de votre travail ?
Un surveillant peut gérer jusqu'à 120 détenus : il les emmène à la douche, les envoie au parloir ou à leurs activités. C'est à lui qu'un détenu s'adresse quand il ne va pas bien, quand il veut voir l'assistante sociale. Le surveillant le signale, mais l'assistante sociale ne peut jamais venir tout de suite, car elle gère 150 dossiers. Alors, la tension, le malaise social, ça retombe sur le surveillant. Il est en première ligne, c'est le premier qui trinque. On aimerait bien que l'administration nous écoute, car là, on est au dixième suicide depuis le début de l'année...
Que pensez-vous de la réforme en cours, voulue par Rachida Dati, ministre de la Justice ?
Nous devons désormais assurer un suivi de la population carcérale, donner notre avis sur le comportement des détenus. Pourquoi pas, mais il faudrait du personnel supplémentaire, car sinon cela s'ajoute à notre travail normal. Des quartiers spécifiques pour les nouveaux arrivants en prison vont être ouverts. C'est une bonne idée, mais il n'y a pas eu de nouveau personnel embauché pour cela, on a pris des gens à droite et à gauche, ils n'ont même pas pu suivre la formation de départ.
Que souhaitez-vous ?
Une mobilisation maximum mercredi et jeudi, pour que nous puissions peser un maximum sur le dialogue social, et obtenir du concret, car Rachida Dati, dans un mois et demi, elle est partie, et on ne voudrait pas recommencer tout à zéro.
Recueillis par S.M.
Photo Reuters


Peut etre est il temps de penser a la privatisation des prisons comme cela existe deja dans de nombreux Pays.
Rédigé par : La Grive | 04/05/2009 à 19:20
Ancien détenu, j'ai toujours été surpris du traitement réservé aux matons par leur hiérarchie administrative : même mépris, même méfiance, même infantilisation, qu'envers les détenus.
J'ai toujours considéré que l'orientation des peines de prison vers la ré-insertion nécessécitait que les matons devinssent davantage maïeuticiens que garde-chiourme. C'est ce que souffle l'esprit du législateur, c'est ce que balaie d'une haleine fétide toute la hiérarchie de la 'tentiaire, ministre inclus.
J'ai écrit, il y a longtemps ('Cuisine entre 4 murs', éditions Par Défaut), qu'un maton n'est "qu'un peu de linge fripé autour de vagues principes". Ces principes se font plus vagues tandis qu'augmente, dans cette administration comme dans toutes les autres (sauf la police, évidemment !), l'entreprise de démolition qui mènera tout le service public aux mains du privé.
Les conditions de travail des matons ressemblent beaucoup aux conditions de détention. D'ailleurs, toutes deux aboutissent à la même manifestation d'une certaine violence, à l'aune de celle qu'on leur dispense.
Quis custodiet ipses custodes ? disait Juvénal, le Coluche de l'empire romain...
Rédigé par : campusliber | 04/05/2009 à 23:05
un brin provocateur ce surveillant, ou serait il naif?
Rédigé par : libessart | 06/05/2009 à 17:11
Quis custodiet ipses custodes ?
Qui gardera les gardiens?
Pour ceux qui ne parlent pas latin et il y en a!
Le traitement réservé aux matons me semble absurde. Leur administration devrait les considérer bien plus, leur donner les moyens d'un développement personnel au sein de leurs fonctions. Au lieu de cela les matons semblent déconsidérés.
Qui veut devenir maton de nos jours? Faut-il être masochiste ou alors doit-on crever de faim pour choisir ce métier?
Il y a surpopulation carcérale en France, c'est le premier des problèmes.
Doit-on construire plus de prisons?
Quelle société veut-on?
Une société qui enferme comme le font les USA ou une société qui éduque?
L'histoire de l'ouverture des écoles et des fermetures de prison qui fonctionne sur le principe du vase communiquant est peut être vraie. Aujourd'hui on semble repartir vers le tout répressif après avoir semblé laisser la délinquance augmenter.
Les chiffres qu'on nous donne sont ils truqués?
Quelle est la réalité?
Quelle est l'efficacité de notre système judiciaire?
Autant de questions que chacun doit se poser.
Rédigé par : lebowski | 08/05/2009 à 11:40