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28/05/2009

Collèges et lycées : «C'est pas le Bronx non plus»

ÉDUCATION - Dans la métropole lilloise, des enseignants et surveillants pas convaincus par l'approche sécuritaire prônée par Xavier Darcos.

C’est arrivé, Christian a déjà été giflé par un élève, Corinne a déjà vu des chaises voler dans sa classe, Muriel a un collègue qui s’est fait plaquer contre un mur, Bastien a vu un collégien avoir des convulsions dans une bagarre.

Pourtant, enseignants et surveillants dans la métropole lilloise, ils sont d’accord pour trouver que la solution ne passe pas par les portiques, ni par les fouilles. Tous bricolent des solutions, parfois bénévoles. «La violence, c’est au quotidien, mais c’est pas le Bronx non plus», raconte Muriel, professeur d’anglais dans un lycée professionnel de Tourcoing. «J’ai des jeunes collègues qui se sont fait insulter parce qu’ils ont mis un zéro, et les copains du quartier qui viennent en renfort…» Elle constate de plus en plus d’intrusions. «Quand les CPE [conseillers principaux d’éducation, ndlr] et les surveillants sont deux pour faire quatre étages, ça a une efficacité limitée». Fouiller ? «Je vois pas comment c’est possible. Ou alors, il faut que tout le monde soit à l’entrée à 7 h 30 pour être en cours à 8 heures», dit Muriel.

«Dégradant». Bastien est surveillant dans un collège d’un quartier populaire de Lille : «Ils sont déjà fouillés à 15 ans pour délit de faciès. En huit ans de surveillance, je n’ai jamais trouvé un gamin avec une arme, faut arrêter.» Christian, professeur de technologie dans un lycée privé de Villeneuve-d’Ascq n’a que des élèves en grande difficulté : «Un cutter, un fer à souder, un crayon très bien taillé ça peut faire une arme.» Pour Bastien, les fouilles ou les portiques «augmenteraient la tension. Le collège, ce n’est pas la prison. Un gamin de 15 piges traité comme du bétail, ça rentre dans le lard des adultes». C’est «dégradant», ajoute Christian. Quand ils arrivent, ils sont déjà «chargés», dit Corinne, professeur d’histoire-géo en lycée professionnel à Lille : l’alcoolisme des parents, la violence dans le métro, dans le quartier, l’inceste. «Si on va au clash, il peut y avoir un couteau qui sort, basculer dans le fait divers.»

Muriel déplore «des insultes, des refus de travailler, des gens qui quittent la classe». A la cantine, des gamins qui ne mangent rien parce que les plus grands leur piquent leur plateau. Certains crachent dans leur assiette pour ne pas se la faire voler. «J’ai chopé un gars qui étranglait une fille. Il lui avait donné des coups dans le ventre, elle n’a pas voulu porter plainte, de peur des représailles. Quelques-uns se sentent au-dessus des lois.» Elle relativise : «Mais pas beaucoup de méchants purs et durs. Des branleurs et des branleuses, j’en ai, des méchants, je n’en ai pas.» Christian a été giflé, une fois. «Un gamin que je ne connaissais pas, qui avait maltraité verbalement une dame de service. Je lui ai fait une remarque et sa main est partie, elle m’a à peine touché. Je ne me suis pas senti agressé. Le gamin avait des soucis psy.»

«On jongle». Les solutions ? Dans le collège de Christian, pas de professeur principal, mais des tuteurs, par groupes de sept. On les voit deux fois par semaine, on fait le point, on vérifie les notes, on fête les anniversaires. En début d’année, les gamins choisissent leur tuteur, après un séjour dans les Flandres où on fait connaissance et où les barrières tombent. Les profs sont payés en heures de surveillance. «On jongle avec les budgets.» A la récréation, il n’y a pas assez de surveillants, alors les profs se relaient, bénévoles. Le climat est apaisé. Si c’est nécessaire, on propose à l’enfant de rencontrer un psy qui passe à l’école.

Corinne a réussi à faire entrer les psys au lycée professionnel. Des copains à elle, psychiatres et pédopsychiatres, bénévoles aussi. Les profs rencontrent les parents en début d’année, qui racontent l’histoire de leur gamin avec l’école. «Ils nous sont reconnaissants.» L’équipe se réunit avec les psychiatres six à sept fois par an. «On change notre regard d’enseignant. Si tu ne comprends pas ce que vit le gamin, ça fera pas avancer le schmilblick.» Elle tient sa classe. Il arrive que des chaises volent ou que des gamins viennent la provoquer à son bureau en début d’année, mais elle ne bouge pas. «Tu retournes à ta place.» Quand elle colle un élève, c’est rare, et elle fait la colle avec lui.

Dans un autre genre, Muriel travaille avec les familles «entre midi et deux, à la fin des cours, à la fête du quartier le samedi, pour aller dire bonjour à l’oncle, la tante». Ça fait plus de vingt ans. Du coup, même avec les classes réputées difficiles, elle a moins de problèmes que les jeunes collègues. «L’élève me dit : "Ma grande sœur vous dit bonjour."» Je vais à l’anniversaire de la grand-mère. C’est mes cocos. Ils ont mon numéro de portable, je reçois des textos pour la nouvelle année. On dialogue. Mais ça demande énormément d’énergie.»«Ça prend du temps, sourit Corinne. Je n’ai pas d’autre solution». Un quart-temps gratuit en plus. 

Muriel réclame plus de pouvoir répressif, des chefs d’établissements solidaires. «Il faut que l’élève représente un danger pour qu’on le mette dehors. Un gars qui crache sur un agent de service, ça lui vaut deux jours d’exclusion et il revient.» Elle veut plus de pions. «Des pions de 50 ans, il n’y en a plus. Pourquoi pas un vrai métier de surveillant, des gens formés, un vrai statut ?» Bastien, pion sans statut, a créé un atelier musique, il a amené sa guitare, sa batterie et son clavier personnels, à 10 euros l’heure. Aucun n’est désespéré. «Je crois à l’école publique, sourit Muriel. Des gars de quartier deviennent potes avec des gens du BTS stylisme aux cheveux bleus. Les barrières communautaires à deux balles tombent. Et quand ils trouvent du boulot, c’est plus les mêmes. Rien à voir avec les pitbulls qu’on avait eu en classe.»

Haydée Sabéran

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Commentaires

Si ce n'est pas le Bronx ça y ressemble. Y-êtes-vous déjà allé?

"l’alcoolisme des parents, la violence dans le métro, dans le quartier, l’inceste"

oh non on veut pas faire dans le cliché

"c'est pas le bronx non plus"... ben qu'est ce qu'il leur faut !

"Pourquoi pas un vrai métier de surveillant, des gens formés, un vrai statut ?". Dans les centres de vacances, on nous impose un animateur pour 12 jeunes, avec une obligation de formation pour les animateurs. Mais au collège, c'est un surveillant pour des dizaines d'enfants. Appliquons les règles du Ministère de la jeunesse et des sports dans les écoles, et ça ira beaucoup mieux. Et ce n'est pas un luxe.

Faudrait savoir ... un coup l'éducation nationale, c'est un chemin de croix, une souffrance quotidienne, et quand l'état autorise les fouilles de cartables, on crie au fachisme. Les fouilles, il y en a à l'entrée des concerts, des stades ... ça ne choque personne. La gauche est dans une impasse stratégique à force de dire tout et son contraire ...

Chapeau à ces enseignants ! le travail paye, sauf pour le banquier ... sauf pour un ministère qui risque d'abimer cette lente construction... c'est là que le bât blesse.
Les élites technocrates, rigides et apeurées ne sont pas compétentes et même méprisantes quand elles ne savent pas reconnaître le travail de leurs équipes.

La fouille dans les stades et avant les concert c'est exceptionnel : ça n'arrive pas tous les jours.
Être fouillé au quotidien, il y a quelque chose d'étrange là-dedans. Pas fasciste évidemment, mais très étrange tout de même

Pourquoi fait-on en permanence le grand écart dans ce pays entre la matraque et la fouille corporelle à droite et un angélisme pétri de culpabilité à gauche? Il devrait y avoir un moyen-terme possible si gauche et droite confondues, on arretait de se servir de l'Ecole pour : flatter son electorat respectif, lui faire porter le chapeau de la crise de l'emploi, acheter à bas prix la paix sociale...etc. la liste est non-exhaustive...

Moi, je propose un truc : sortir de la rhétorique gauche droite et se poser deux secondes la question de savoir dans quelle mesure est-ce qu'un enfant qui est capable de gifler ou de planter un enseignant n'est pas avant tout face à un problème d'encadrement ??? Qu'est-ce que des portiques de sécurité apporteront en civilité à des gamins largués socialement et civiquement ??? Foutez des pions, des types d'expérience et suffisamment pédagos pour garder un lien, même tenu, avec ceux qui dérivent, qui décrochent. Des PIONS, pas des brigades para-répressives en treillis et ranjos comme certain en rêvent déjà. L'ordre ne passera pas par la terreur, il s'agit de mômes, ne l'oublions pas !!!
Malheureusement, j'ai bien peur qu'avec des pions même recrutés en masse, nous soyons loin du spectacle offert par un portique de sécurité, preuve on ne peut plus tangible de la prise d'action et tellement plus télégénique, surtout à heure de grande audience, lorsque l'on veut être assuré que le message sécuritaire passe 5/5. Dommage.

J'ai assisté en temps que parent d'élève à un conseil de classe, et c'est toujours la même chose avec les prof, ils se plaignent d'élèves turbulents mais quand on leurs proposent des solutions, ils se reprennent et refusent, jusqu'au jour ou malheureusement ils se retrouvent devant un couteau et là....Que faire. Pour moi la discipline doit venir des adultes, il faut malheureusement revenir aux bonnes veilles méthodes: plus de pions, pas de tutoiement entre profs, pions et élèves, ressortir les parents de l'école, chacun à sa place.

Oui c'est pas le Bronx ! Fouiller à l'entrée des collèges lycées c'est pas du fascisme, c'est une immense connerie. Vous faites marrer, avec vos vies en mousse à base de télé plate de type HD compatible bluray, de smoothie de type à boire et à manger, et vos p*tain de canapé d'angle chIKea.

Christian a été giflé, une fois : " Je lui ai fait une remarque et sa main est partie, elle m’a à peine touché. Je ne me suis pas senti agressé."

Pas agressé quand on lui fout la main dans la g...
Et un coup de couteau, c'est un appel à l'aide, c'est ça ?

Simple stupidité ? Indécrottable optimisme ? Aveuglement volontaire ?

Je trouve courageux tous ces profs et alors très très minable une grande partie des réactions à ce sujet . On pourrait croire que le petit bureau UMP de la métropole c'est donné le mot pour noircir le tableau afin de justifier les âneries qu'a sorti hier le zoro sécuritaire de la délinquance
Les flics et autres nervis n'ont jamais et nulle part su régler la violence par une autre violence .
Que les lotiers reviennent dans les quartiers, que le personnel de l'éducation nationale soit augmenté plus tôt que casser tout le principe laïque et républicain de nos écoles .

"Les fouilles, il y en a à l'entrée des concerts, des stades ... ça ne choque personne."
Première nouvelle ! Perso, j'ai été extrêmement choquée au concert des Enfoirés regroupant les Bénévoles des Restos. Non seulement parce que je ne vois ce que pourraient craindre les artistes de la part des fans, mais qu'en plus des bénévoles se fassent fouiller, bravo la mentalité !
Quid de notre liberté ? On devait enlever les bouchons de nos boissons ! Et comment on fait quand on a passé la journée dans la queue et qu'il nous reste 3 bouteilles à boire, sans bouchon ?

Les portiques dans les écoles, c'est stigmatiser encore plus les jeunes, comme s'ils étaient tous des tueurs sanguinaires en puissance !
Plus d'éducation, de la part de l'école et des parents (une école des parents, comme il en existe aux Etats Unis, serait une meilleure idée que celle-là !), c'est ça la solution ! Pas la répression à tout prix et la stigmatisation généralisée !
Que vont faire nos enfants quand ils ne pourront plus apporter de ciseaux pour leurs cours de travaux pratiques ? Ni de compas pour la géométrie ? Et n'oublions pas les feuilles, qui peuvent être très coupantes !

Merci pour cette nouvelle atteinte aux libertés !

Avant d'accuser les autres de crier au fascisme il faudrait savoir l'écrire. Ensuite la démagogie dans la comparaison entre la fouille à l'entrée des stades et des concerts avec l'école me laisse penser que vous avez du vous rentre plus souvent dans les gradins que sur les bancs de l'école.

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