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  • OUALOU - Le clip de On lâche rien, le dernier titre des roubaisiens HK et les Saltimbanks, a été tourné sur une scène-camion, au milieu de la manif sur les retraites, le 6 novembre à Paris. Ça fait des souvenirs, à regarder et écouter, ici
  • INSPIRÉE - Ce n'est pas de l'accordéon, c'est du Laure Chailloux. Sa musique vous attrape par le ventre et ne vous lâche plus. Pour en savoir plus, c'est ici. Pour l'écouter, et voir le détail de ses dates, c'est là

11/03/2009

Calais : «Tu as ouvert les yeux, tu ne peux plus les refermer»

«WELCOME»   - Pourquoi s'engage-t-on aux côtés des migrants, à Calais ? A l'occasion de la sortie du film Welcome, de Philippe Lioret, Libé Lille a demandé aux bénévoles de raconter ce qui les a fait passer de l'autre côté de la barrière. Chaque jour, ils préparent à manger, distribuent les repas et les vêtements, aident à rédiger des demandes d'asile, soutiennent le moral des clandestins sans-abri, alors qu'ils pourraient passer leur chemin.

Jean-Claude Lenoir, enseignant, vice-président de l'association Salam - «En 2002, dans ces eaux-là, les migrants étaient de plus en plus nombreux à passer devant chez moi. J'habite entre le commissariat et un parc où ils avaient l'habitude de se réfugier. C'était un moment où il pleuvait énormément. Quand je rentrais du travail le midi, avec ma femme, on en faisait entrer quelques-uns, on leur donnait du thé, des brioches, des trucs comme ça, on faisait sécher leurs vêtements. Quand je vois quelqu'un en difficulté, c'est plus fort que moi, c'est spontané, sans réflexion, je donne facilement. L'un des premiers migrants que j'ai aidés, c'était un journaliste afghan, je me souviens bien de lui. Quand on repartait au travail, ils partaient aussi, c'était d'ailleurs pas toujours facile, de les voir sous la pluie.
Un jour, des policiers attendaient devant chez nous, ils avaient vu entrer les migrants : ils les ont arrêté, ils ont sorti leurs matraques. J'ai trouvé cela incroyable, qu'on puisse attendre pendant une heure et demie pour cela. Je pense que c'était de la provocation vis à vis de moi, du bénévole qui osait faire entrer des migrants chez lui. J'ai demandé des explications, ils m'ont emmené au commissariat, ça a été ma première garde à vue. Et personne dans leur hiérachie n'a dit, attendez, il y a quelque chose qui ne va pas ! Arrêter des migrants quand ils sortent de chez quelqu'un. Je trouve tellement tragique que l'homme ne prenne pas le dessus sur le métier. Je suis facilement révolté, mais là, j'ai été révolté à jamais. Je crois qu'à Calais, une fois que tu as ouvert les yeux sur ce qui se passe, tu ne peux plus les refermer.»

René Biguet, bénévole au Secours Catholique - «Pourquoi mon engagement ? Je ne peux pas accepter qu'on laisse des gens dans la rue comme ça, ils ont le droit à la même vie que moi, ils sont sur terre comme moi. Vous savez, j'ai un parcours... j'ai ma famille qui a subi ça durant la dernière guerre. Les rafles, tous les trucs comme ça. Je ne pensais pas revoir ça. Qu'est ce qu'on doit penser, quand on entend dire des policiers, "On va accrocher les wagons" ? Ils avaient décidé de faire une rafle dans la ville, et il y avait des bus : c'est en amenant les bus qu'ils disaient cela, "on va accrocher les wagons". Après, ils s'excusent, ils disent qu'ils ne l'ont pas dit, et la parole d'un policier contre ma parole... Cela veut dire quoi, cette phrase ? Je ne dis pas que la situation est la même, mais quand on monte de force des migrants dans un bus, la manière rappelle des souvenirs. Et les migrants, ils ne viennent pas ici par plaisir, ils fuient la guerre. Ma femme et moi, on est indigné. On a dit après la guerre, "plus jamais ça". Pour moi, maintenant, ce "plus jamais", non, c'est faux. Qui me dit que demain, il n'y aura pas un fou qui décidera de mettre ces gens dans des camps ? Et ce qu'on fait aux bénévoles ? On héberge quelqu'un, on peut aller en prison. Cette ordonnance de 45 (qui interdit d'apporter une aide au séjour des personnes en situation irrégulière, NDLR), elle n'est pas acceptable dans l'ordre républicain, mais elle arrange bien les autorités».

Michaël Dauvergne, enseignant, bénévole à C'sur : «Ca vient de l'éducation. Mes grands parents étaient très catholiques, engagés dans les mouvements de jeunesse, dans l'oecuménisme. Quand les gitans arrivaient dans notre village, près de Lyon, mes copains à l'école les traitaient de voleurs de poules. Pas mes grands parents. Ils étaient les premiers à ouvrir leur porte. Ma mère, sans être catholique, aidait les demandeurs d'asile à faire leurs dossiers. J'ai suivi aussi. Etudiant à Lyon, j'ai participé aux maraudes des camions du coeur qui allaient à la rencontre des deshérités, sous les ponts, dans les squats. Quand j'ai été nommé prof à Calais, j'ai rencontré Francis Gest, prof de maths dans mon collège, bénévole auprès des migrants à Sangatte. Quand Sangatte a fermé en décembre 2002, je me suis engagé plus. J'ai fait les premières maraudes à la rencontre des migrants réfugiés dans les bunkers à l'époque. J'ai participé à l'occupation de l'église Saint-Pierre Saint-Paul. J'étais naïf, je pensais que les pouvoirs publics finiraient par se rendre compte, dès les premières semaines que la situation était incroyable, tous ces gens dehors. Mais quand j'ai vu que l'année 2003 s'est terminée sans que rien ne change, je me suis dit qu'on était parti pour des années. Et qu'il n'y aurait rien d'autre que la répression.»

Propos recueillis par Stéphanie Maurice et Haydée Sabéran

Lire aussi la critique de Gilles Renault dans Libération : Welcome, la nage de vivre

et Elle rechargeait les portables des migrants : garde à vue

Commentaires

Que ne les honore-t-on pas ceux là qui font ce que les autorités, les représentants du peuple défont avec le cynisme d'un gérant de stock désireux d'optimiser l'espace vital dans les rangs de la main d'oeuvre et des déshérités. Cette société se dirige tout droit vers un système de castes.

Mais qu'est-ce qui fait que certaines personnes sont capables de grandeur d'âmes, tandis que d'autres sont indifférents, voire hostiles à la misère d'autrui, spécialement lorsque l'autre est différent ? Merci à Libé d'avoir su poser la question ainsi. Ces trois témoignages donnent des pistes interessantes.

Pourquoi on ne demande jamais leur avis aux anglais ?
C'est quand même eux les principaux concernés puisque c'est eux qui ferment leurs portes !!!

Bravo à ces âmes fortes et dignes qui vont vivre ce que certains prétendent être la République...

On aimerait les croiser dans la rue ! Moi qui n'ai pas l'occasion de ce genre de gestes, j'arrive tout de même à me représenter l'enjeu que cela représente pour des gens comme ça.

Persévérez ! Ne baissez pas les bras ! Un jour viendra où tout ira mieux.

En attendant, il faut rester unis, ensemble, pour lutter contre ce fléau du tout sécuritaire.

Bon courage à tous

Hugo

Salut à vous Français de coeur et de raisons.
je suis fier de vous avoir comme compatriotes.

Ceux-là qui secourent les émigrés, les pauvres, les malades, ceux qui souffrent donc, ce sont les nouveaux "justes". Ils sauvent non pas l'honneur des Français (ni a fortiori l'honneur de la France), mais celui des êtres humains. Je les admire, je les envie, je les respecte. Leur comportement a un nom : l'altruisme, le contraire de l'égoïsme.

Bravo pour cet article et félicitations à ces bénévoles.
La droite n'a aucun complexe.Besson crie parceque on ose comparer ce qui se passe avec les années quarante mais les techniques sont les mêmes.(voir l'article d'Emmanuel Terray en 2006)
L'immigré de première génération hongrois devrait y réfléchir.

je comprends ces personnes qui n'ont pas d'autre choix que d'aider.
La position des pouvoirs publics est absolument impensable,incroyable, injustifiable, innommable,injuste....
alors que faire? sinon continuer.
Je souhaite beaucoup de courage aux personnes concernées et les remercie de leur geste.

Bonjour,
Je suis admiratif devant ces gens qui redonnent à la France son lustre. Je voudrais juste attirer l'attention des lecteurs sur quelque chose qu'on a passé sous silence. Jetez un coup d'oeil à l'annexe de la loi de finances 2009 en pages je crois 35 et 36, un chapitre appelé performance... est consacré aux prévision du nombre d'aidants à arrêter en 2009. Le gouvernement veut atteindre 5000 arrestations de ces personnes qui soutiennent les sans papiers. On n'est plus dans une république ! Hallucinant


Hommage à ces attitudes humanistes, dignes, fraternelles et citoyennes

Merci pour cet article, lucarne sur un petit bout de terrain où il se passe de choses cruciales !

On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas !

Epoque cruelle : il y a vraiment un devoir de responsabilité civique pour les fonctionnaires (de police - et les autres aussi !) de la République dont la devise est (à compléter.......)

Je trouve scandaleux ce soutien à des gens qui ne respectent pas la loi! La loi doit être appliquée, y compris les poursuites contre des français qui entrainent leur pays dans la ruine

Ces commentaires sont indignes ! Comment oser comparer le sort réservé à ces migrants, au sort des juifs pendant la dernière guerre!
Relisez (ou lisez) "si c'est un homme" de Primo Lévi ou la "Shoah par balles" du Père Dubois ou "les disparus" de Peter Mendelshohn etc.. vous aurrez alors le recul nécéssaire pour ne pas déraper

Hors-la-loi et fiers de l'être, parce qu'ils savent pourquoi; il faut porter la parole de ceux qui s'expliquent ainsi.

Je crois qu'en expliquant, en revenant aux valeurs fondamentales d'aide entre humains, de devoir d'assistance, on peut semer le doute.

N'oublions pas que les policiers chargés d'appliquer des lois ou ordonnances indignes sont aussi des hommes, expliquer ce qu'il y a d'universel dans l'aide et de contre la nature humaine dans ce qu'on leur fait faire peut aussi contribuer à une évolution.

C'est à la conscience du policier qui veut raccrocher les wagons qu'il faut s'adresser, pas à son travail de policier exécutant des ordres.

Cette polémique autour de ce film est très intéressante, mais bon il faut bien qu'il y est Vincent Lindon et que ce soit un film de Philippe Lioret pour que l'on parle de ce sujet autant et qu'un tolet ce soulève. En effet je travail dans un théâtre et en ce moment nous jouons une pièce d'Angélica Liddell (Auteur espagnole), sur l'immigration clandestine d'Afrique qui passe le D3 de Gibraltar pour gagner l'Europe, et là oh surprise alors que le texte est formidable, que la satire de nos politiques est plus qu'acide, personnes!...
Enfin pour tous ceux que ça intéresse la pièce s'appelle "Et les poissons partirent combattre les Hommes", d'Angelica Liddell, mis en scène par Lamia Djafer Cherif, au théâtre des cornières à Agen, une production de la Compagnie Pierre Debauche.

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fût de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Nos sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule et se mêle
À la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda

La Rose et le Réséda
Poème de Louis Aragon

À Gabriel Péri et d'Estienne d'Orves
comme à Guy Môquet et Gilbert Dru

Vive ces français dignes, vive la République ! Liberté, Egalité, FRATERNITE !!

Si, mes yeux vivants se fermeront ; mais seuls les yeux vivants des derniers vivants le verront ; mes yeux non. Je serai le mort. C'est triste mais c'est ainsi.

j irai voir ce film ,vous voulez que les choses changent , eduquer le peuple , qu il prenne conscience de se qu il est , de se qu il est capable de faire , et de creer .

M.Besson a eu de la chance de naître du bon côté de la barrière! J'espère que dans une autre vie, il n'en sera pas de même et qu'il fera la queue à la soupe populaire en craignant les descentes de police!

Merci pour ces beaux témoignages. Ils sont très touchants.

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