INTERVIEW - Il a participé à la mission contre la violation des sépultures, dont le rapport vient d'être rendu public. Au cimetière Notre-Dame-de-Lorette, profané pour la troisième fois en deux ans, il note «une étrange similitude entre les trois événements, dans les messages tracés avec la même peinture noire, dans la manière de faire, dans l'écriture également.» André Flajolet (UMP), député- maire de Saint-Venant (Pas-de-Calais), préconise un suivi psychologique et psychiatrique de ces délinquants,
Y-a-t-il plus de profanations en France ?
Il y a une violation de sépulture tous les trois jours dans notre pays. Statistiquement, il n'y a pas d'augmentation significative de ces actes d'une année sur l'autre. Ce qui est relativement nouveau, c'est la diversité de ces violations, et leur visibilité. On peut aujourd'hui distinguer quatre grandes familles de profanateurs, alors qu'avant, c'était essentiellement une marque anti-chrétienne, avec des messes noires. Le monde était alors plus simple, il y avait d'un côté le soi-disant bien, de l'autre le soi-disant mal. Ceux qui n'acceptaient pas le bien violaient les sépultures : en clair, c'était une contre-culture.
Quelles sont ces quatre grandes familles ?
D'abord, il y a des profanations qui s'expliquent par la bêtise et l'alcoolisation de certains jeunes, dont on constate une absence de conscience politique, de culture. Ils agissent par désoeuvrement et les signes extérieurs qu'ils laissent dans les lieux sacrés sont très marqués, à cause de leur consommation d'alcool ou de drogue.
Ensuite, il y a les voleurs de matériaux : ils récupèrent le cuivre, l'étain, les poignées de cercueil, les plaques de marbre et en font commerce. On est dans le vol organisé.
Il reste deux grandes familles : l'anti-christianisme qui continue, avec les gothiques, les messes noires, etc. On va jusqu'à extraire, de façon cependant relativement rare, les corps des sépultures. Enfin, il y a ce qu'on appelle le racisme culturel, avec l'islamophobie, l'antisémitisme. La profanation de Notre-Dame-de-Lorette se situe dans ce registre-là. D'ailleurs, des tombes juives ont également été souillées dans la nuit de dimanche à lundi, à côté du carré musulman.
Pourtant, lors du procès de la première profanation de 2007, les prévenus semblaient aussi appartenir à la catégorie «jeunes désoeuvrés»...
Je suis d'accord avec vous. Ce qui amène à se poser une question : y aurait-il manipulation ? Est-ce que ces jeunes ne seraient pas manipulés par des adultes, des gens vraiment racistes ? Car ce qui est dit dans ces messages vous laisse réellement pantois. On est vraiment dans le rejet même de la présence de la communauté musulmane sur le sol français. Il y a tout de même une étrange similitude entre les trois profanations : les messages ont le même style, une écriture similaire, ils sont écrits dans une même peinture noire, avec la même manière de faire, une lettre par tombe. On constate également une escalade, 52 tombes la première fois, 148 la deuxième, et cette fois-ci, c'est tout le carré musulman qui est profané. Si c'est le même groupe, -ce que je ne sais pas, je me pose juste des questions- vous comprenez la nécessité du suivi psychologique et psychiatrique que nous préconisons dans notre rapport.
Vous êtes opposé à une solution sécuritaire...
Il a été décidé un plan de sécurisation, avec caméra thermique qui détecte les mouvements et permet d'alerter les forces de gendarmerie. Mais lors de la réunion entre le ministère de la Défense, le secrétariat d'Etat aux Anciens combattants, les élus locaux et les associations d'anciens combattants, nous sommes tous tombés d'accord pour refuser l'enfermement de ce lieu de mémoire. Il doit rester ouvert à tous. Plus de sécurité, oui, mais il ne faut pas tomber dans le sécuritaire, dans la fermeture du cimetière, car ce serait alors une victoire pour les profanateurs.
Propos recueillis par Stéphanie Maurice
Photos Reuters/Pascal Rossignol : Après la minute de silence qui a suivi la découverte des tombes profanées.
Le rapport de la mission sur la lutte contre la violation des sépulture d'André Flajolet et de Jean-Frédéric Poisson, député des Yvelines,