En bref

  • 25.805 - C'est le nombre d'habitants supplémentaires dans la région. Le Nord-Pas-de-Calais compte 4 021 676 habitants au 1er janvier 2007. Les Nordistes représentent 6,3% de la population française. Les résultats provisoires de 2008 et 2009 montrent une augmentation importante à Lille, une stabilité à Roubaix, une baisse à Villeneuve d'Ascq. Plus sur le site de l'Insee
  • BELGE -La Westvleteren, la bière sacrée numéro un par les spécialistes, au grand dam des 22 trappistes qui la produisent, ne se vend qu’avec parcimonie. A lire dans les pages «Voyages» de Libération, (ici).

A ne pas rater

  • ANIMÉE - La fête de l'animation à Lille, c'est du dessin animé à toutes les sauces. Soirées électro, dessins animés japonais, zoom sur le studio de Wallace et Gromit et courts métrages anglais, village spécial enfants, entre autres. Quarante cinq heures de projections. Invité d'honneur : Mike Reiss, producteur et scénariste des Simpsons. Du 18 au 21 mars. Pour en savoir plus, c'est ici
  • RÉPÉTÉ - C'est l'histoire d'un certain Julien Pantalone, comédien. Il décide de monter un spectacle, et il répète. Voilà. Le spectacle c'est ça : l'histoire d'un comédien qui répète son spectacle. C'est de la commedia dell'arte, Ça s'appelle La répétition, et c'est la Compagnie Joker qui joue. Du lundi 29 mars au vendredi 2 avril, au Prato. Le Prato, théâtre international de quartier, 6 allée de la filature, à Lille.
  • INSPIRÉE - Ce n'est pas de l'accordéon, c'est du Laure Chailloux. Sa musique vous attrape par le ventre et ne vous lâche plus. Pour l'écouter, et voir le détail de ses dates, c'est ici
  • ÉNERVÉS - Plus durs, plus sombres qu'avant, le Ministère des affaires populaires, avec leur nouvel album Les bronzés font du ch'ti. "Du MAP en pire", assument-ils. Sur leur clip de présentation (Voir la vidéo) ils n'ont pas perdu leur sens de l'humour.

29/09/2008

A Calais, les nuits blanches des exilés

Erythrens SOCIÉTÉ - Un hangar immense, aux fenêtres cassées. Sous les couvertures, des hommes, quelques femmes, une dizaine d'enfants. Ils dorment par terre, dans cette menuiserie industrielle abandonnée, au centre de Calais. Erythréens pour la plupart, ils essaient de passer en Angleterre, en se glissant dans des camions, la nuit. Bientôt, ils n'auront plus où dormir. La vieille usine doit être démolie pour laisser place à des immeubles.

21 heures, mercredi, ils sont des dizaines autour du feu. On décapsule les bières avec les dents, on se plaint des CRS. «Ils nous courent après, ils nous gardent 24 heures, ils prennent nos empreintes, ils nous relâchent, on marche trois quarts d'heure pour rentrer à Calais». «Parfois ils t'aspergent de gaz lacrymogène et tu tombes». «Ils prennent les gens pour des moins que rien»; Un garçon suggère : «Un peu de musique érythréenne?» Ils chantent en langue tigrinya une chanson inventée par Gandji, un garçon assis par terre : «Nous vivons à Calais. Un jour, nous irons en Angleterre. Policier de Calais, s'il te plaît. Ne viens pas le matin. Nous voulons dormir». 

Déserteurs. Ils se disent presque tous déserteurs de la terrible armée Erythréenne, enrôlés pour un service militaire illimité. Un homme dit qu'il a dix ans d'armée, un autre douze. Depuis la fermeture du centre de la Croix-Rouge de Sangatte fin 2002, les migrants qui fuient dictatures et conflits, -Afghans, Iraniens, Kurdes, Erythréens, Somaliens, Soudanais, pour la plupart- continuent d'affluer à Calais pour passer en Angleterre. Mais ils sont moins visibles, dispersés sur le littoral, et sur les autoroutes qui mènent à Calais. Il y a quelques jours, ils étaient plus de 200 dans le hangar. Cette nuit-là, moins de cent. «Ils savent qu'il sera détruit, ils s'installent ailleurs», dit Pierre, un humanitaire. Il dort à leurs côtés depuis deux nuits. «Les policiers sont moins durs quand ils nous voient». Le bénévole part se coucher. La nuit n'est pas froide. Moustique. Ronflements. Quelqu'un tousse. «Il y a des cas de tuberculose», dit Pierre. Une plainte d'enfant, près de sa mère. Dans le noir, lampes de poche. Murmures. Ceux qui rentrent du port se couchent. 

7 heures, des hommes s'en vont, pour éviter les policiers. 7h30, un migrant pousse la grille qui donne sur la rue. Un fourgon de police déboule. «Raaaaaah!» C'est le cri du CRS qui zigzague à sa poursuite. Le jeune homme est rapide, le policier renonce. Les migrants courent. Pas les femmes, ni les enfants, qui se savent tranquilles. Le fourgon repart vide. «Il leur en faut dix, je les ai entendus», dit Pierre, «ils vont revenir». Ils reviennent.  Un migrant crie, les hommes courent, les enfants regardent. Des corps minces et rapides filent dans la grande salle. Les CRS ne s'approchent pas, ils en ont attrapé quelques uns dans le squat des Soudanais, près de la voie ferrée. Dans le hangar, un migrant montre un trou, vers le sous-sol : «Quand on se cache là, ils nous aspergent de gaz pour qu'on sorte». Pas cette fois. «Quand les compagnies de CRS arrivent, elles sont pleines de vigueur, elles en perdent au fil des semaines», sourit Pierre. 8h30, il part travailler.

10 heures, au soleil, devant le hangar. Quelques jeunes tapent dans un ballon. Hénoch, 23 ans, souriant, dit que ses parents, commerçants, ont payé 40.000 euros pour son voyage jusqu'ici. Il a évité la Libye et l'Egypte en passant par la Turquie. «Plus cher, mais moins dangereux». Les autres, autour du feu, racontaient la veille des récits d'épouvante des prisons libyennes, des mois sans voir la lumière dans les sous sols écrasés de chaleur, les coups, le manque d'eau, des expulsions vers l'Erythrée, le sort des déserteurs, incarcérés sur une île.

Bénévoles.
Et les derniers 33 kilomètres du voyage pour Douvres? Hénoch dit que son groupe est solidaire contre les passeurs afghans  et kurdes qui tiennent les parkings d'autoroute vers Calais, et qui monnayent le droit d'approcher les camions. «Ils demandent 700 euros le passage, et sortent les couteaux. Nous, on ne veut pas payer, on y va à 50 ou 60, une trentaine pour protéger les vingt qui montent dans les camions». Il y a eu plusieurs morts, déjà. Sur le port de Calais, trois contrôles : deux français, un britannique. «Quand ils me trouvent, les vigiles rient, ils me disent "Encore toi? Sors de là-dessous, mon ami. Tu as froid? Tu veux une cigarette?"»

14 heures, quai de la Moselle, les bénévoles distribuent les repas à 450 migrants.  Babak, 23 ans, un jeune homme fin, veste de velours noir, casquette, des allures d'étudiant. «Savez-vous à qui je peux m'adresser pour demander l'asile? Je suis fatigué». Rien n'est prévu à Calais. Le Secours Catholique organise des navettes toutes les semaines vers Arras. D'autres montrent leurs blessures : «un coup de matraque», «les morsures d'un chien policier», «des traces de menottes». Babak : «Il y a pire, c'est le stress. Ils te réveillent, tu veux fuir, tu ne trouves plus tes chaussures. Après, je tremble toute la journée». Daniel, Erythréen de 30 ans : «Un jour, j'aimerais revenir à Calais». Il lève l'index : «comme touriste».

Haydée Sabéran

Photo Aimée Thirion

Commentaires

Pour vous informer sur la situations des migrants de Calais et leur venir en aide, consultez notre site: www.associationsalam.org

Cette misère est un scandale à notre époque. La vie d'un homme ne vaut pas grand'chose aux yeux des gouvernants... un petit séjour dans ces lieux leur ferait du bien... et des économies pour les contribuables !

C'est une honte!! Je bosse ds 1 assoc pr la protection des demandeurs d'asile et franchement LE GOUVERNEMENT devrait aller faire 1 stage de 2 jours et une nuit dans ces lieux . Mais c'est tellement plus facile de se servir des plus vulnérables..........Dans un pays comme la France c'est vraiment HONTEUX

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