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08/05/2008

Bras de fer dans les geôles mexicaines

8228420080505l9994473_2 FAITS-DIVERS - Ça commence par la fin d’une histoire d’amour. Elle le quitte, ils se parlent encore. Ils sont en voiture, le matin du 8 décembre 2005, sur une route du Mexique, le coffre rempli. Il l’aide à déménager dans son nouvel appartement à Mexico. Elle est française, lui mexicain. Un barrage de police. Ils sont arrêtés, et séparés.

Les policiers la rassurent : lui est impliqué dans une affaire d’enlèvements, elle sera bientôt libérée puisqu’elle n’est pour rien dans tout ça. Mais l’histoire de Florence Cassez, 33 ans, ancienne directrice d’un grand magasin à Calais, et, à l’époque des faits, gouvernante dans un hôtel chic de Mexico, ne s’est pas arrêtée là.

Le 27 avril dernier, elle a été condamnée à 96 ans de prison au Mexique, pour enlèvements, association de malfaiteurs et possession d’armes au terme d’un procès que son avocat, Me Franck Berton, juge «inéquitable». Elle a déjà fait près de deux ans et demi de prison, elle devrait n’en faire que vingt, car seule la peine la plus lourde - celle d’enlèvement - serait retenue. Elle serait coupable d’avoir travaillé pour des kidnappeurs et d’avoir nourri et gardé des kidnappés. Elle se dit innocente.

Hier, en recevant les parents de la jeune femme en fin de matinée, le président Sarkozy n’a pu offrir qu’un coup de projecteur. Eux sont «soulagés que le Président soit à leurs côtés, attentif» à son sort, a expliqué à la sortie l’avocat de Florence. Thierry Lazaro, député UMP du Nord, où habitent les époux Cassez a reconnu : «Le Président n’a pas le pouvoir d’infléchir une décision de justice, ni en France ni a fortiori au Mexique et c’est normal.»

Béton. Retour en décembre 2005. Après son arrestation, les policiers installent Florence dans une camionnette. Le lendemain, on la prévient : pour la télé mexicaine, elle va devoir rejouer son arrestation par l’Agence fédérale d’investigation (le FBI mexicain). «On l’emmène menottée, et on l’installe avec trois kidnappés, la police enfonce une porte ouverte devant les caméras», raconte Bernard Cassez, le père de Florence, l’ancien patron d’une PME de confection. En direct à la télévision, Florence dit son innocence, mais pas Israel Vallarta Cisneros, son ex-compagnon. Sébastien, le frère de Florence, entrepreneur au Mexique, découvre les images, en boucle sur les chaînes mexicaines. «L’affaire est une aubaine pour la police mexicaine, raconte Franck Berton. Les enlèvements, c’est un sport national. Et la police est souvent accusée d’incompétence.»

Quelques mois plus tard, le directeur de l’enquête est promu secrétaire d’Etat. Selon Charlotte, sa mère, Florence «s’est fait sérieusement cogner» en garde à vue pour avoir refusé de se dire coupable à la télévision. Trois mois dans une cellule sans fenêtres, «sans voir la lumière du jour», raconte sa mère. Seule sortie, dix minutes pour fumer, la nuit. Puis la prison pour femmes, violente, lits sans matelas, à même le béton. A l’hôpital-prison, où elle a atterri pour cause de douleurs au dos, elle dort sur un matelas. Elle a droit aux visites : quatre jours par semaine, et les parloirs, collectifs, durent sept heures. Depuis sa prison, elle réussit même l’impossible. En plein talk-show sur l’affaire, elle appelle la chaîne et passe à l’antenne. Le 11 février 2006, en direct à la télévision, elle fait ainsi avouer au secrétaire d’Etat qui l’a arrêtée que le film était un bidonnage policier. «La presse mexicaine en a beaucoup parlé, raconte Jacques-Yves Tapon, de la radio France Bleu Nord, qui était au Mexique en mai 2006. Les journalistes avaient l’impression de s’être fait manipuler par une mise en scène de la police locale.» Le procès dure deux ans. Un jour par-ci, un autre par-là. Le journaliste a assisté à trois audiences, «plutôt des rencontres informelles : un couloir dans une prison, une fille derrière les barreaux. Une petite table, un avocat, un procureur, un secrétaire. La présidente était rarement là. Je l’ai peut-être aperçue une fois.»

Revirement. Malgré ce procès bizarre, l’avocat mexicain est confiant. D’abord l’arrestation bidon, qui jette le soupçon sur les policiers. Ensuite un kidnappé déclare ne l’avoir jamais vue. Deux autres racontent la même chose, mais, quelques mois plus tard, disent la reconnaître «pour les cheveux et pour les mains». Pourquoi ce revirement ? Des représailles du secrétaire d’Etat après le coup de fil à la télé, selon Florence. Un autre kidnappé la reconnaît, notamment à son «accent français», et montre une trace de piqûre d’anesthésiant que lui aurait faite Florence. Un légiste a démontré que la lésion ne peut pas venir d’une aiguille. Son avocat réclame une libération provisoire en attendant un vrai procès en appel qui, cependant, n’aura lieu que sur dossier. Florence, elle, «a pleuré pendant des heures» quand elle a su que ses parents allaient rencontrer Nicolas Sarkozy. «Elle est confiante. Elle a du tonus. Elle se bat. On lui dit de tenir. Il faut qu’elle tienne. Elle tient.»

Haydée Sabéran

Photo Olivier Touron

Commentaires

c'est pire que la mort que d'être accusé à tort.

Les propos de Thierry Lazaro ne sont pas rassurants :"Le Président n'a pas le pouvoir d'infléchir une décision de justice..." Alors qu'espérer ? En l'efficacité de Maître Berton qui a déjà fait ses preuves lors d'un célèbre procès ? Oui, je le souhaite de tout mon coeur car Florence a peut-être manqué de vigilance, du fait de son état amoureux, mais elle est innocente et ça, j'en suis persuadée. Que la vérité éclate et le plus vite possible car elle est à bout !!!

C'est tres connu que le Mexique est un pays corrompu ,que la police aussi et seulement l'argent arrange les choses!! Ne conduisez pas au Mexique et n'y allez surtout pas en vacances.

Bonjour, Cynthia: je suis Mexicain et je suis vecu quelques années en France, á Lille. Je me suis fait cambrioler tous mes affaires dans mon appartement rue Adolf. La police n´a jamais reussi a me donner une reponse.
Une deuxiéme fois on m´a piqué mon appareil photo avec violence dans la rue...
Florence Cassez était complice de la bande des enlevements autonommée Zodiaco, elle aurait bien profité de l´argent de son petit copain.
Je me demande comment ca se passerait si une mexicaine aurait été arreté en France avec des mafieux enleveurs des femmes et des enfants innocents?

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