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04/04/2008

Reclassé au Brésil, c'est pas le Pérou

ÉCO-TERRE - Viré, ou reclassé au Brésil. Alain Leclercq, 38 ans, cariste à Hénin-Beaumont, a le choix. Les assédic, ou le déménagement à Alfenas, au Brésil pour un salaire de 315 euros par mois, ou encore Bursa, en Turquie, pour 230. Ce n'est pas un poisson d'avril, c'est légal.

L'homme, père de trois enfants, marié à une femme au foyer, gagne «entre 1020 et 1030 euros bruts». On lui a proposé ce drôle de marché par courrier, le 29 mars, comme à six autres salariés de la teinturerie de fil polyester Staf, usine du groupe italien Sinterama. Avec les six autres salariés, il a jusqu'au 10 avril pour se décider. C'est tout vu. «Il est hors de question qu'on y aille. Et la boîte le sait. C'est comme si on nous proposait d'aller vivre dans le désert».

«C'est la loi française qui nous oblige à cela, répond Renzo Raggio, directeur des ressources humaines du groupe, en Italie. Nous n'avons pas d'emploi à proposer dans le groupe en Europe. Et il y a des licenciements en Italie». C'est lui qui a signé une proposition de reclassement ainsi rédigée : «Nous vous précisons que l'acceptation de cette proposition entraînerait la modification de votre contrat de travail pour motif économique. (...) Votre salaire serait équivalent à celui des ouvriers occupant le même poste dans chacun des pays concernés» Et s'il acceptait, on lui paierait au moins le voyage ? «Je ne me suis pas posé la question. J'attends la réponse des salariés».

Il invoque des pertes de marchés. «Nos clients belges, qui travaillent pour les Etats-Unis, souffrent de la parité euro-dollar qui leur est défavorable. Ils nous commandent moins de fil».

Dans l'usine, Alain Leclercq réfléchit déjà aux économies à faire : «L'internet, le portable. Les enfants adorent aller à la piscine tous les week-ends, ce sera un week-end sur deux. On avait prévu un voyage à Marseille cet été, on l'a annulé».  Le 1er avril, il avait poussé la porte de Jean Haja (PC), maire de Rouvroy, où il habite, pour lui montrer la lettre. «J'ai cru que c'était un poisson d'avril», dit le maire, qui réclame que l'entreprise rembourse les aides qu'elle a reçues de la Région Nord-Pas-de-Calais. «Cette aide de 170.700 euros était prévue pour 32 emplois (34 ont été créés, ndlr). Il y en a 27 au final. Que l'entreprise rembourse pour les emplois perdus».

A son arrivée en 1998, l'entreprise avait demandé 373.000 euros à la Région, pour la création de 70 emplois. Elle en a créé 34, la Région a payé pour 32. Faire rembourser les cinq manquants? «On ne peut pas, répond Pierre de Saintignon (PS) vice-président du Conseil régional chargé des affaires économiques, car l'entreprise est comptable pour cinq ans. C'est une règle de droit».

La teinturerie d'Hénin-Beaumont continue à travailler, et les sept salariés attendent le 15 avril pour savoir à quelle sauce ils seront mangés. «S'ils ne font pas une vraie proposition de reclassement, on réclame notre solde de tout compte pour le 25 avril. On veut pas de chichis ni de blabla», résume Alain Leclercq. En attendant, il n'en mène pas large. «J'ai l'impression d'avoir un pied dedans, un pied à côté».

Haydée Sabéran

Lire aussi l'interview d'Alain Leclercq

Commentaires

On peut bénéficier des ASSEDIC quand on créée son activité, pourquoi ne pas prendre les ASSEDIC et créer une boite pour reprendre les activités du site. Peut-être serait elle rentable avec un actionnariat moins préoccupé de son retour sur investissement?

c'est comment un actionnariat moins préoccupé de son retour sur investissement?
j'avoue que la notion laisse perplexe

Il est hautement improbable que la société STAF parvienne à obtenir un VIPER (visa permanent / 2 ans!) pour un ouvrier! Elle devra prouver qu'elle ne trouve pas de personnel local avec les mêmes compétences professionelles. Improbable dans un tel pays où 90% du transport se fait par la route. En plus, elle devra garantir le salaire de l'employé (INSS, 13° mois, pécule de vacances, rapatriement inclus) par un dépôt sur un compte spécial. Pour les dernières conditions à jour, pourquoi ne pas vous adresser à l'Ambassade du Brésil (consulat)?
Ceci dit, € 300,00 (= 750,00R$) ne permettent de vivre avec une famille de 3 enfants que très chichement... en dehors des grandes aglomérations. Dans les capitales, cela est impensable!
L'offre de la société STAF me paraît tenir bien plus du chantage ou du bluff que de la connaissance réelle des conditions de reclassement. Car une offre de reclassement doit être réalisable. Non seulement fictive!

à ceux qui rêvent d'une démocratie sociale du type nordique je rappellerai ceci : la démocratie sociale suppose un rapport de force équilibré ce qui n'est plus le cas depuis la mondialisation (si t'es pas d'accord, je délocalise en Chine!). Deuxième point : les modèles suédois, Norvégiens, des PAys bas sont en pleine crise du fait d'un chômage en augmentation, d'épeutes des populations immigrées (Malmö, ou encore au Danemark). ALors arrêtons le baratin à propos de ces "modèles" qui flanchent.

il faudrait que ces employés se renseignent sur la veritable existence de ces reclassements dans des pays lointains car si elles sont fausses ceci devient illegal.je le sais par experience.

Hey,

$1000 en france pour 5 personnes, c'est une misere... donc je me pose la question, comment cette famille fait pour vivre en france?
les cadres ont le droit de partir a l'etrange pour trouve du taf mais pas les autres? dire que cela va etre dur pour le enfants, c'est trop facile...
il faut arrete de penser qu'on est arrive...
sans doute difficile d'obtenir un viper mais si l'entreprise propose la creation d'un certain nombre d'emplois au bresil, ca va aider donc je ne m'en ferais pas de trop pour ca...

arretez de dire que les patrons sont les vilains. arretez de victimiser...

Très bonne remarque sur l'inégalité du marché du travail. A ce moment là, on devrait inverser le rapport de force : si tu délocalise, on garde l'outil de production. Pourquoi ne pas nationaliser de force les entreprises qui délocalise. Il en va pourtant de l'indépendance de la France et de sa balance commerciale. On veut absolument une reprise de la croissance, soit, mais il faut alors garder les moyens de produire des richesses et de ne pas faire filer l'argent français dans les caisses des pays qui disposent d'outils de production.

C'est tout simplement une façon de licencier un employé sans avoir à payer la prime de licenciement et le préavis...Car le refus de respecter la clause de mobilité entraîne un licenciement pour faute grave!!
Honteux!!!!!

Seb, quand un cadre est envoye a l'etranger, c'est avec une bonne prime d'expatrié, et une perpective d'evolution acceleree, pas une diminution de salaire.
Tous les patrons ne sont pas des vilains, mais celui ci est visiblement malhonnete, et veut bluffer ses employes en esperant que l'histoire ne fera pas de bruit.

d'accord avec petit ours. De plus le viper est hautement improbable dans ce cas de figure.

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