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Prix du lait : "Ils ont fait de la gesticulation"


AGRICULTURE - Antoine Jean, producteur de lait et porte-parole de la Confédération paysanne dans le Nord-Pas-de-Calais, n'applaudit pas, loin s'en faut, l'accord obtenu hier entre les industriels, les coopératives et le syndicat FNPL, majoritaire, la branche laitière de la FNSEA. "10% d'augmentation sur un prix bas, cela reste un prix bas." Selon son estimation, le litre de lait, à 27 centimes le litre en 2009, passe ainsi à 30 centimes.

Que pensez-vous de l'accord obtenu hier, avec une augmentation de 10% du prix du lait ?
Je rappelle d'abord que la Confédération paysanne ne fait pas partie des négociations. Seule la branche laitière de la FNSEA, qui ne représente que 50% des producteurs, est présente avec les industriels et les coopératives.Sinon, on ne sait pas encore tout ce qu'il y a dans cet accord. Ce qui est sûr, c'est que les prix vont rester bas. 10% d'augmentation sur un prix bas, cela reste un prix bas. On ne rémunère pas le travail du paysan, et on ne couvre pas les coûts d'exploitation. Cet accord est mauvais. Ils ont fait de la gesticulation pour montrer à l'ensemble des producteurs qu'ils s'occupaient d'eux.

Pour vous, l'accord est donc insuffisant...
Oui. On ne s'attaque pas au problème de la suproduction. On produit trop de lait en Europe. Trop d'offre, cela pèse sur les prix. Pourtant, le ministère de l'Agriculture français a décidé d'augmenter la production...

Pourquoi ?
Pour que nous ne nous privions pas des marchés internationaux émergents. La Chine, par exemple, qui est demandeur, alors que la Nouvelle-Zélande et l'Australie connaissent une forte sécheresse. Mais le problème, c'est qu'on calque les prix sur les marchés mondiaux, et sur les produits basiques que sont la poudre de lait et le beurre. Alors que dans l'Union européenne, la poudre et le beurre ne représentent que 7% de la production. Mais ils vont guider le prix du lait.

A la baisse, donc ?
En 2010, les prix sont repartis à la hausse. Ce qui a permis aux industriels et à la commission européenne de déstocker ce qui était gardé dans les congélos depuis 2009. Quand on a acheté du beurre à moins de 2000 euros la tonne, c'est intéressant de la revendre à 4 000 euros ensuite, quand on a la capacité de stockage.

Mais pour vous, il y a toujours un risque persistant ?
Continuer à produire plus que ce que le marché intérieur peut engloutir, pour exporter, c'est bien, mais on risque toujours de se retrouver avec le surplus sur les bras.C'est ce qui s'est passé en 2009, et cela peut recommencer. La confédération paysanne demande que la production soit maîtrisée pouor adapter l'offre à la demande. Mais les industriels ont intérêt à la surproduction, pour peser sur les prix.

Est-ce que le lait bio est une solution pour les producteurs ?
En 2009, le litre de lait était à 27 centimes, et le litre de lait bio à 43 centimes. La différence est assez importante, même si ce sont surtout les industriels qui font leur beurre sur le lait bio. La demande de lait bio est supérieure à l'offre. Il faut voir si cela dure. Dans la région Nord-Pas-de-Calais, une quinzaine de producteurs sont passés au bio cette année, autant l'année passée. C'est un mouvement qui est très lent, sans doute à cause du manque d'accompagnement, du manque de formation technique. Ce n'est pas du tout le même type d'élevage, c'est un système très extensif alors que dans notre région on est dans une agriculture intensive.

Recueilli par Stéphanie Maurice