Comparateur de rachat de crédit

«Monsieur le président, je suis la 15ème veuve de l’amiante à vous écrire ...»


ÉCO-TERRE – Elle s'appelle Brigitte Tison, elle habite entre Dunkerque et Calais. Un jour de 2005, un pneumologue lui a annoncé «l'épouvantable, l'insupportable diagnostic», la maladie de son mari, Claude : un cancer de l'amiante. Il est mort 42 jours après. Cet après-midi, comme à l'issue de chaque marche des veuves de l'amiante à Dunkerque, elle remettra au sous-préfet une lettre au président de la République, les mots d'une épouse en deuil et en colère. La quinzième lettre d'une veuve de l'amiante pour réclamer que «les empoisonneurs rendent des comptes». Extraits.

«Monsieur le président,

«Claude, mon époux, a travaillé dès l'âge de 17 ans comme rondier, surveillant des installations, pour cette grande entreprise nationale, EDF, dont il était si fier (...).

«L'amiante l'a accompagné dans sa vie professionnelle, à son insu, comme à l'insu de milliers de travailleurs. Pour Claude, c’était d’abord la centrale thermique à flamme de Lourches (...) puis les centrales nucléaires du Bugey et de Gravelines, où il a terminé sa carrière comme instructeur.

«Le 9 novembre 2005, le pneumologue m’annonce la maladie foudroyante de Claude, l'épouvantable, l’insupportable diagnostic : cancer bronchique primitif 30bis consécutif à l'inhalation de poussières d'amiante.

«Cette invisible tueuse l’a frappée en 42 jours ! Oui Monsieur le président, 42 jours pour en mourir à 60 ans ! L’enfer pour toute la famille, mes enfants Estelle et Aurore. Les toux sont interminables, il faut aspirer les sécrétions bronchiques jours et nuits, à chaque instant pour l’aider à respirer face aux crises d’étouffement, l’oxygène en permanence, aucun répit pour le sommeil qui disparaît, les angoisses, les pleurs, la douleur de le voir souffrir.

«Je me disais que ce n’était qu’un cauchemar mais la réalité ne nous a fait aucune concession, l’atroce était toujours le quotidien, il fallait faire face. Faire face aussi à la sécurité sociale de Calais, un mur d’incompréhension, mon mari Claude est mort trop vite, ce ne pouvait pas être l’amiante ! Dix mois après, le Comité régional de reconnaissances des maladies professionnelles reconnaît la maladie professionnelle. «C’est comme la silicose, on est reconnu quand on est mort».

«Ce quotidien, ces souffrances subies, sa mort n’aurait ni coupable, ni responsable ? Pour ces empoisonneurs qui eux, respirent la santé accompagnée des billets de banque de leur profit. Pour les uns, c’est des parachutes dorés, des salaires exorbitants, un ancien ministre devenu comédien, pour un différent commercial obtient 1 000 fois plus qu’une veuve de l’amiante !

«Ces empoisonneurs doivent rendre des comptes !

«100 000 cercueils en France d’ici 2025, peut-être beaucoup plus…

«L’amiante a tué Claude. EDF savait depuis fort longtemps que ce matériau cancérogène était mortel. Pourquoi a-t-on laissé faire et encourager l’usage de l’amiante pendant des décennies. Même nos enfants ont fréquenté des classes en préfabriqué amianté durant toute leur vie scolaire !

«Dix morts par jour et personne n’évoque ou si peu cette catastrophe sanitaire !

«Au contraire, Monsieur le Président, par votre réforme de la procédure pénale, vous voulez mettre une muselière à la justice que vous contrôlerez avec un procureur à vos ordres ! Le procès pénal des responsables ne doit pas être enterré ; d’ailleurs le 16 avril dernier, les magistrats de la Cour de cassation s’opposent à la réforme de la procédure pénale ! Je suis la 15ème veuve de l’amiante à vous l’écrire aussi. Les précédentes lettres n’ont jamais obtenu aucune réponse personnelle de votre part. Sachez, Monsieur le président, que cela n’entame en rien notre détermination lors de cette 21ème marche autour du Palais de justice de Dunkerque ce 29 avril 2010.

«Ce crime social doit être à jamais imprescriptible !

«Veuillez agréer, Monsieur le président, l’expression de ma considération distinguée.

TISON Brigitte

Lire aussi la douzième lettre d'une veuve de l'amiante, celle de Monique Robbe