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Une école à Lille occupée par des parents d'enfants handicapés


ÉDUCATION - "On veut obtenir les postes auxquels nos enfants ont droit". Sabine est fatiguée, mais pas encore au bout de sa colère. Ce matin, les parents de cinq enfants handicapés scolarisés dans le groupe scolaire Bara-Cabanis, à Fives, un quartier populaire de Lille, ont décidé d'occuper l'école. Normalement, leurs enfants devraient être accompagnés par une aide, une auxiliaire de vie scolaire : c'est prévu par la loi. Mais dans les faits, ils n'ont personne à leurs côtés. "Les maîtresses veulent bien faire, mais elles n'ont que deux bras", soupire une parente d'élève.

Dans le groupe scolaire Bara-Cabanis, les enfants handicapés sont scolarisés de la maternelle au CM2 : l'un d'eux est en fauteuil roulant, un autre souffre de troubles sévères du langage, une demoiselle a un retard mental léger. "C'est terrible, parce que nos enfants se rendent compte de leur handicap et culpabilisent : ils disent par exemple, 'ma maîtresse ne peut pas me porter, parce qu'elle a mal au dos', on leur explique 'tu n'es pas responsable', mais cela pèse sur eux", explique Sabine. La loi prévoit qu'une auxilaire de vie scolaire soit aux côtés de l'enfant, pour l'aider à prendre des notes, pour l'emmener aux toilettes, pour l'aider à se déplacer. Le volume horaire est fixé par la maison départementale du handicap, qui autorise la scolarisation en milieu ordinaire. En tout, cela représente 76 heures dans le groupe scolaire. En théorie. Dans la pratique, seules douze heures sont assurées. "On a appris hier que nous allions avoir huit heures de plus, comptons vingt heures en tout", arrondit Sabine. Loin du compte, de toutes les façons.

Dans un coin de la salle d'éveil de 'la maternelle, une tente a été dépliée et les thermos de café aident à tenir le coup. Les parents racontent les coups de fil au rectorat qui se finissent dans le vide, les mails sans réponse, l'impression d'avoir un mur devant soi, comme si le handicap de leur enfant ne suffisait pas. "L'occupation de l'école est un geste à la hauteur de notre désarroi", expliquent-ils. A 10h du matin, l'inspecteur ASH (adaptation scolaire handicapés), responsable de la circonscription, s'est annoncé. Pour annoncer "des moyens bientôt à la hauteur des besoins", avec l'arrivée prochaine de trois contrats aidés, sans doute des CAE, dans le groupe scolaire. Pour les AVS, financées sur le budget de l'Education nationale, on repassera.  "Quand ?", l'arrête une des mères. Hésitation. "Bon, disons au 1er décembre. Je viens juste d'avoir la nouvelle aujourd'hui, on met en place le processus de recrutement". "Mais cela fait depuis le mois de juin que vous avez reçu les notifications ! Vous appelez cela de la bonne gestion ?", s'indigne-t-on autour de la table. Il précise qu'il n'est là que depuis septembre, remercie les écoles qui ont "organisé une stratégie d'attente" et dit "regretter profondément la situation". Sabine s'emporte : "Les bons sentiments, j'en ai jusque...". A la fin de la réunion, Amandine se désole :"Vous imaginez, trois mois de perdu dans la vie d'un enfant, c'est une année scolaire de fichue. Le mien est en moyenne section de maternelle, il avait enfin droit à une AVS, et voilà..." Elle est au bord des larmes.

Stéphanie Maurice

Un manque de qualification - Parallèlement aux problèmes de moyens, les parents d'enfants handicapés doivent faire face au manque de qualification du personnel affecté. La mission d'accompagnement de ces élèves spécifiques est confié à des personnes en contrats précaires, sans statut, qui ne sont pas formés. Résultat : une auxiliaire de vie scolaire n'a le droit qu'à un contrat de travail de trois ans, renouvelable une fois. Six ans en tout. Ensuite ? Rien, pas de pérennisation de poste, pas de valorisation de l'expérience acquise. Elles peuvent toujours devenir CAE, si elles sont au chômage depuis assez longtemps, explique l'inspecteur ASH. Plus sérieusement, un amendement à la loi, datant de juillet, prévoit désormais que l'AVS en fin de contrat puisse être embauchée par des associations spécialisées dans le handicap, et continue ainsi sa mission auprès de l'enfant qu'elle aide. Les associations, d'accord sur le principe, attendent de l'Etat des garanties sur les financements et l'encadrement de ces nouveaux emplois. Les parents rencontrés regrettent "le désengagement de l'Education nationale."